Avec un gîte insolite dans le Jura, elle donne vie à son rêve !

Quand je doute sur le chemin à prendre, je me demande souvent ce que je ferais de ma vie si l’argent n’était pas un problème. S’il n’existait pas. Répondre à cette question, me permet toujours de me recentrer sur ce qui est important pour moi. Sur ce que je désire au plus profond de moi. Et d’ajuster la direction de mes projets en conséquence. C’est certainement en se posant ce genre de questions que Toinette a pris la décision d’ouvrir le gîte qui porte aujourd’hui son nom à Saignelégier. Entre La Chaux-de-Fonds et Saint-Ursanne. Dans le canton du Jura.

Si l’argent était une priorité pour elle, elle aurait sans doute conservé son job en marketing auprès de Jura Tourisme. Celui qui lui assurait une certaine stabilité. Financière notamment. Pourtant, elle a choisi de se jeter à l’eau dans le courant de l’année 2015 et d’investir son énergie et son temps dans quelque chose qu’elle aime vraiment. Recevoir des gens de passage chez elle. Dans ses Franches-Montagnes. Sans se prendre la tête.

Le Gîte Chez Toinette, qu’elle a bâti de toute pièce avec son conjoint Denis, est aujourd’hui un établissement 100% auto-suffisant en énergie.

« Je me suis dit, quitte à construire quelque chose de neuf, autant le faire de manière écologique, en respectant la nature. »

Je trouve ça génial. L’initiative me rappelle cette maison en plein milieu d’une forêt de Nouvelle-Galles du Sud dans laquelle j’avais passé un long week-end lors de mon road trip en Australie.

« Est-ce qu’on est sûr d’avoir de l’eau chaude ? En permanence ? »

Ici, des panneaux solaires fournissent l’électricité et l’eau chaude. Mais il ne fait pas très beau. Je m’inquiète un peu d’un éventuel réveil brutal demain matin, sous la douche. Aucun doute à avoir selon Toinette, pas peu fière de son ouvrage. Quant au chauffage, il provient directement de l’énergie de la terre via une pompe à chaleur. Ou de petits poêles à bois. Comme si la décoration intérieure n’était pas suffisamment parfaite comme ça. Du bois clair. Un design épuré. De la lumière douce. De grandes ouvertures vers l’extérieur. Ca me rend zen, en plus de me transporter directement en Scandinavie (soit à la page 32 d’un catalogue IKEA). J’en viens à me demander si Toinette n’était pas aussi architecte d’intérieur par le passé.

Grand lit dans une chambre du Gîte Chez Toinette à Saignelégier, Suisse.

Un design épuré. Une literie digne d’un 5 étoiles. Le grand lit que j’ai eu du mal à quitter ce matin.
Photo © iclo

En tout cas, ce dont je suis certain, c’est que Toinette et moi avons lu les mêmes contes quand nous étions enfants. Car en jetant un oeil par la fenêtre, j’aperçois trois maisonnettes. Une en paille. Une en bois. Une en briques. Oui. Comme dans Les Trois petits cochons. Un gîte insolite dans le Jura. C’est la petite touche de fantaisie de Toinette. Ca la fait sourire. Son architecte, un peu moins. Bon. La rencontre et la visite sont sympas, mais la nuit pointe le bout de son nez. Est-ce que je me décide à marcher quelques minutes jusqu’au village pour aller dîner ? En fait, non. Mon lit immense me semble tellement confortable que je…

Oui. Bon. Ca va. Je me suis endormi hier soir. Et, à vrai dire, je resterais bien couché encore un peu ce matin. La couette est si moelleuse. Si confortable. Hmm. Comme dans le meilleur des 5 étoiles. Décidément, Toinette fait vraiment attention à tous les détails. Derrière la baie vitrée, le petit balcon de la chambre ne fait que quelques mètres carrés. C’est suffisamment grand pour une table (en bois bien entendu). Et deux chaises. Je m’installe. Et je regarde le soleil se lever au-dessus du massif du Jura. Il ne doit pas faire 10°C. À cet instant précis, seuls 20°C et un petit-déjeuner du terroir servi en chambre me séparent donc du bonheur parfait.

Malheureusement Toinette n’a aucun pouvoir sur la météo. Mais je suis loin d’en dire autant concernant le petit déjeuner. Car si je n’ai pas marché jusqu’au village hier soir, c’est le village qui vient à moi ce matin. Le jus de pomme. Les myrtilles. Le yaourt. La saucisse fumée. Le pain. Les fromages.

« Rien qui est servi Chez Toinette ne vient de bien plus loin que le bout de Saignelégier. »

C’est un Denis très fier qui s’empresse de me l’annoncer. Tous les deux, je les soupçonne même de servir des produits récoltés directement dans leur potager. Celui que Toinette n’a pas voulu me montrer hier. Trop gênée car « encore en travaux ». Bonheur presque parfait donc.

Dans la pièce principale de la maison, sur le buffet en bois, un fromage attire mon attention. Il ne ressemble à aucun autre fromage suisse que je connaisse (ce qui, jusqu’à présent, se limite au Gruyère et à l’Emmental qui ne sont d’ailleurs pas des fromages du Jura). Il n’est pas sous la cloche comme les autres non plus. Il est empalé sur un appareil un peu particulier que l’on utilise visiblement pour le racler. Je ne suis pas sûr de moi. Je me lance. Comme on dit chez moi, à Nice, je suis en train de faire un vrai batchas. C’est un désastre. Je l’ai ruiné.

Tête de Moine empalée sur une Girole au Gîte Chez Toinette à Saignelégier, Suisse.

Il ne faut pas couper la Tête de Moine, mais la racler en rosettes très fines à l’aide d’une Girolle.
Photo © iclo

« La Tête de Moine ! » Il y va un peu fort avec moi le Denis. Un rapide coup d’oeil dans le reflet du miroir. Tout va bien avec ma coupe de cheveux. Mais alors de quoi il parle ?

« La Tête de Moine ! C’est le nom de ce fromage au lait de vache. Typique des montagnes du Jura suisse. Pour le déguster, il faut d’abord le racler en utilisant la Girolle à fromage. Doucement. Sans appliquer de pression trop forte. Et ça vient tout seul ! »

Ce raclage permet de former de belles rosettes qui tombent sur le plateau. Avant de finir sous mon palais. Je suis d’ailleurs bien meilleur pour savourer la Tête de Moine que pour la racler. Ca fond délicieusement dans ma bouche. L’arôme est indescriptible. Et je n’exagère pas. Sauf, peut-être, quand je me lève une 18e fois pour aller me resservir.

Je pourrais rester ici quelques heures encore. Au minimum. Toinette me suggère des randonnées dans les montagnes du Jura avoisinantes. Comme si elle était encore à l’office du tourisme. Toujours avec le même enthousiasme. Je ne sais pas si c’est la vue imprenable sur le Doubs ou la possibilité de cueillir des mûres sauvages qui pèsent dans la balance, mais j’opte pour la courte balade d’une heure sur les Rochers des Sommêtres dans le village voisin. Il est grand temps de saluer mes hôtes. Et de reprendre la route vers Le Noirmont.

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Produit en partenariat avec Jura & Trois-Lacs. Toutes les opinions émises dans cet article m’appartiennent à 100%. Cet article a été publié dans le cadre de la série Grand Tour de Suisse. D’autres photos de mon Grand Tour de Suisse sont disponibles sur Instagram.
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